home

 

 


 
Interview du président de la république à la revue américaine " Middle East Insight"


Alger, 06/11/99 - Le président de la république, M. Abdelaziz Bouteflika, a accorde une interview a la revue bimestrielle américaine "Middle East Insight", dont voici le texte intégral :

Question:
Votre élection en tant que président de l'Algérie après que les six autres candidats se soient retires de la course a suscite une réelle controverse. Avez-vous le sentiment d'avoir réussi a gagner en légitimité auprès du peuple algérien et auprès de la communauté internationale depuis votre élection ?

Réponse:
La controverse dont vous parlez n'existe que dans l'esprit de ceux qui s'obstinent a denier au peuple algérien la capacité de faire la différence entre les règles du jeu politique et les calculs politiciens.
Les règles en question sont fixées par la constitution et par la loi qui interdit, en l'occurrence, a tout candidat de se retirer de la compétition sauf en cas d'empêchement de force majeure provoque par un décès ou un grave problème de santé.
Quant aux calculs politiciens, ils reposent sur des scénarios concoctes par les états-majors a des fins tout a fait étrangères a l'intérêt supérieur de la nation.
En m'investissant de sa confiance le 15 avril dernier, le peuple algérien a, non seulement fait preuve de sa maturité politique, mais il a aussi clairement exprime a qui veut le reconnaître que, désormais, il est capable de prendre ses décisions en pleine conscience de sa souveraineté et eu égard, par de la les clivages factices, a l'intérêt supérieur du pays.
Quant a votre question relative a la légitimité. Elle puise ses éléments de réponses dans les faits, c'est-à-dire dans l'action que j'ai menée depuis mon investiture, tant au plan interne qu'au plan externe. Mon pays est sorti du cauchemar qui l'a frappe.
Le peuple adhère a ma démarche. Le monde entier retrouve l'Algérie sérieuse qu'il a connue autrefois. Et puisque légitimité réelle il y a, je tiens a préciser que le mérite en revient a ce grand peuple algérien qu'il ne faut, en aucune façon, confondre avec quelques égarés qui ont failli le conduire au désastre.
L'Union du Maghreb arabe

Question:
Quel est l'avenir de l'union du Maghreb? Qu'attendez-vous des relations avec la Libye?

Réponse:
Seul dieu connaît l'avenir. Mais les hommes peuvent, par la volonté et la raison dont il les a dotes, créer les conditions d'un avenir meilleur.
Il dépend donc des dirigeants et des peuples maghrébins que le Maghreb hâte sa marche vers le progrès et l'intégration économique dans la paix, la stabilité, la prospérité partagée et l'union. Tout, absolument tout, les voue a aller dans cette direction: l'histoire, la géographie, la culture, la langue mais aussi les intérêts économiques et géostratégiques.
A cet égard, l'UMA ne peut se faire, au-delà de la logique affective qui a prévalu jusque la, qu'a travers une logique rationnelle qui se réfère aux réalités et aux intérêts mutuels objectivement établis des peuples maghrébins frères.
Ceci pose, rien n'est impossible, surtout si l'on se réfère aux enseignements d'autres expériences, conduites difficilement certes, mais avec succès dans d'autres parties du monde.
En tout cas, les Maghrébins en sont conscients et je pense qu'une nouvelle page dans l'édification de l'UMA ne tardera pas a s'ouvrir pour répondre aux attentes légitimes des peuples de la région.
Ceci dit, le processus d'édification maghrébine doit aussi, a mon avis, s'insérer dans une prospective stratégique, qui tienne compte de la complémentarité euro-mediterraneenne et de tous les gisements de coopération susceptibles d'être aussi valorises par ailleurs avec l'Afrique, le monde arabe et les États-Unis notamment.
Quant a nos relations avec la Libye, membre a part entière de l'UMA, qui, au demeurant, sont bonnes, nous en attendons ce que nos frère libyens eux-mêmes attendent de nous : œuvrer a la paix, la stabilité, le progrès et la coopération féconde aussi bien au Maghreb, en Méditerranée, en Afrique que dans le monde.
La question du Sahara occidental

Question:
Est-ce que la position de l'Algérie sur le Sahara occidental a changé ? La frontière entre l'Algérie et le Maroc sera-t-elle rouverte ?

Réponse:
La position de l'Algérie sur le Sahara occidental a toujours été claire. Elle repose sur la reconnaissance au peuple sahraoui du droit a l'autodétermination, conformément a la charte des Nations-Unies.
C'est, du reste, la position de l'ONU qui a charge M. James Baker de superviser sur cette base les accords de Houston que les deux parties en conflit ont acceptes. L'Algérie reconnaîtra les résultats du référendum librement et loyalement mis en œuvre.
Quant a la frontière algero-marocaine, elle sera très certainement rouverte des que les questions y afférentes auront été réglées. Un travail a été déjà entame dans ce sens avec mon ami et mon frère, le roi Hassan II, que dieu ait son âme. Il se poursuit avec sa majesté le roi Mohamed VI, sur lequel j'ai fait un transfert de l'affection que j'avais pour son illustre père.
Nous sommes tout a fait conscients, l'un et l'autre, que le monde a change et qu'une nouvelle culture doit désormais prévaloir dans les relations bilatérales qui puise a ce qui rapproche les deux pays et les deux peuples frères.
Néanmoins je tiens a préciser que la politique est faite par des hommes. Certes, ils ne sont pas infaillibles. Mais pour ce qui me concerne, je ne conçois la durabilité, la continuité de relations privilégiées entre frères, voisins et amis que dans la mesure ou on veille toujours a se dire franchement et directement ce que l'on pense et a toujours faire ce que l'on dit. Déjà la confiance est très dure a établir entre les dirigeants et les hommes, elle est encore plus difficile a préserver, parce qu'elle implique de part et d'autre une sincérité telle et un engagement qui exclue toute équivoque ou double discours.
Les relations algero-marocaines

Question:
Quels sont vos objectifs concernant les relations de l'Algérie avec le Maroc ?

Réponse:
Ce sont les mêmes que ceux du Maroc, j'imagine : la paix, la stabilité, la coopération et l'impulsion de l'UMA. Ni l'Algérie, ni le Maroc n'ont un quelconque intérêt a retarder la construction de l'UMA. Mais cette construction doit reposer sur des critères de rationalité, des données strictement objectives et une démarche novatrice et courageuse ou la culture économique et politique doit définitivement supplanter la culture de la haine que les circonstances ont semée au détriment des intérêts supérieurs des peuples de la région.
C'est en allant en tout cas dans cette direction que nous honorerons la mémoire des pionniers de l'unité maghrébine.
Mais il faut transcender les visions qui se confondent avec les règles idylliques pour se pencher de façon plus rationnelle sur la solution des problèmes. Depuis 1962, nous avons signe des dizaines d'accords qui sont restes lettre morte. Par contre quant nous nous sommes engages dans la réalisation de projets sérieux tels que les methanoducs est et ouest, pour jeter les bases organiques d'une véritable construction maghrébine ou chaque partenaire trouve son compte, la sauvégarde de ces intérêts a défié les épreuves et le temps.
Il nous faut donc repenser complètement les relations bilatérales et multilatérales entre voisins et frères: le Maroc comme la Tunisie ont, comme vous le savez, chacun négocié et conclu avec l'Union européenne. Se sont-ils alors vraiment soucié des intérêts globaux du Maghreb, ou seulement pris en compte des intérêts de l'Algérie ? L'on ne saurait se référer au concept maghrébin pour défendre des intérêts égoïstement nationaux et s'écarter du concept maghrébin sitôt que l'on trouve son compte, même si telle ou telle autre partie du Maghreb devait en pâtir.
Le destin des peuples maghrébins est globalement solidaire. Il ne saurait être stratégiquement manipule en petites batailles tactiques ou chacun des partenaires essaie de tirer le meilleur profit au détriment des intérêts de l'autre partenaire.
Les relations avec la France

Question:
Vous avez procédé récemment a la signature d'une série d'accords avec la France. Qu'est-ce qui a conduit a un tel développement ?

Réponse:
Il y a eu plutôt une série de contacts a un haut niveau. Ces contacts ont permis de décrisper les relations entre les deux gouvernements.
Ce qui a conduit a un tel développement, comme vous dites, c'est une forte volonté politique qui puise aux sources des réalités incontournables et spécifiques qui caractérisent les relations algero-francaises dans tous les domaines. En tout cas, du cote algérien, cette volonté existe.
Il y a ensuite les apports respectifs dont la France en Europe et l'Algérie au Maghreb et dans le monde arabe, sont porteuses et que, conjointement, l'une et l'autre peuvent utilement mettre au service de l'édification d'une arche de concorde entre les deux rives de la Méditerranée.
Il y a, aussi, la détermination de l'Algérie a consolider ses relations de coopération bilatérales avec les pays de l'Union Européenne avec laquelle elle s'est engagée dans la négociation d'un accord d'association.
Ceci dit, mon pays, qui est très attache a sa souveraineté et qui est soucieux de la préservation de ses intérêts vitaux, est dispose a promouvoir des relations mutuellement avantageuses dans tous les domaines avec d'autres pays du nord et notamment les États-Unis d'Amérique.
La situation en Irak

Question:
Quelle évaluation faites-vous de la situation en Irak et des sanctions de l'ONU ?

Réponse:
La situation en Irak est, de toute évidence, catastrophique pour le peuple irakien. Des enfants, des femmes et des vieillards sans soins, sans nourriture, sans fournitures scolaires, se trouvent malgré eux au centre de considérations politiques et géostratégiques sur lesquelles ils n'ont ni emprise ni encore moins une responsabilité.
Je déplore ce qui s'est passe en 1990 entre l'Irak et le Koweït.
J'en déplore les conséquences. Pour les koweïtiens qui avaient été profondément blessés dans leur souveraineté et leur dignité. J'en déplore aussi les conséquences, aujourd'hui, pour le peuple irakien.
Une décennie s'est écoulée. Le monde a change. Un vent de liberté et de tolérance souffle sur la planète, malgré les conflits, les haines, les injustices et la pauvreté rampante qui persiste ca et la.
Mais enfin, qui mieux que l'ONU est a même d'aider a donner a la liberté, la tolérance, la concorde entre les peuples, un contenu dans la vie internationale de tous les jours.
Il me semble que ce qui se passe en Irak n'est de nature a faire fleurir ni la liberté, ni la tolérance, ni le pardon, ni la concorde dans cette région du monde qui, vous vous en doutez, en a bien besoin. Autant je prône la concorde, la réconciliation et une culture de l'avenir dans mon pays, autant je souhaite que le problème irakien trouve le plus tôt une solution a même d'y alléger les souffrances et d'atténuer les haines dans cette partie du monde ou, je constate comme tout le monde, qu'a cet égard, les sanctions n'ont rien réglé, bien au contraire.
Le mouvement des non-alignés
Question: Apres son accession a l'indépendance, l'Algérie a été un membre important du mouvement non-aligné. Voyez-vous un changement ou une poursuite de ce statut ?
Réponse: Le monde a change, l'Algérie aussi, le monde est passe d'une situation bipolaire a une situation de monopolisation doctrinale, idéologique et économique. Nous sommes passes quant a nous, irréversiblement, du monopartisme au pluralisme et d'une économie dirigée a une économie de marche. C'est le cas aussi pour les pays du mouvement non-aligné.
Mais ces profondes transformations ont-elles pour autant efface les préoccupations premières qui étaient a la base du non-alignement, a savoir une sorte de refus pour les pays concernes de se fondre dans une logique dont les termes leur échappaient. Je ne le crois pas, parce que de la même manière qu'hier, les peuples du sud rechignaient a être des instruments des politiques de confrontations entre les blocs, de la même manière ils souhaitent, aujourd'hui, avancer a leur propre rythme sur le dur chemin de la mondialisation.
Car, au niveau de développement et de complexité des problèmes qui est le leur, il serait pour le moins utopique de les assimiler aux pays qui se sont installes dans le libéralisme et la démocratie depuis des générations et des générations en les astreignant a des règles strictement identiques de mise en œuvre du pluralisme et de l'économie marchande.
Voilà, a mon avis, dans quel contexte le mouvement des non-alignés doit changer de statut et œuvrer aujourd'hui, comme hier d'ailleurs, a la préservation de la paix internationale dans le cadre d'une autre forme de coopération Nord/Sud. Et, a ce titre, il deviendra un élément essentiel d'équilibre dans le cadre d'une multipolarisation si nécessaire a l'avenir de l'humanité.
Question: Quelle est votre évaluation du gouvernement Khatami en Iran ?
Réponse: Mon pays a toujours eu pour principe de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'autrui. C'est aussi ma profonde conviction. C'est au peuple iranien qu'il appartient d'apprécier de l'action de ses gouvernants.
Ceci dit, l'Algérie est en tout cas attentive a tout ce qui, de par le monde, est de nature a impulser un nouvel élan a l'amitié entre les peuples et au dialogue des cultures et des civilisations dans le respect mutuel et la non ingérence.
Question: En juin, vous êtes parvenus a un accord avec le front islamique du salut alors que vous vous êtes entretenus en public avec le premier ministre israélien Ehud Barak. Est-ce qu'un rapprochement avec le premier sera le prélude a des relations avec le second et vice versa?
Réponse: Il n'y a eu aucun accord avec l'ex-fis, pour la bonne et simple raison que le parti dont vous parlez a été dissout par une décision souveraine de la justice algérienne en 1992. L'accord dont vous parlez consiste en fait en une adhésion a ma démarche de concorde civile de l'ais ainsi que de M. Abassi Madani. Ce dernier et Madani Mezrag ont compris, et c'est a leur honneur, que l'Algérie ne peut avancer a reculons et que le sang a trop coule.
Leur geste prouve, si besoin est, que dans ce pays, la tourmente qui a failli emporter l'état, n'est pas venue a bout des consciences vivantes et que les algériens peuvent s'en sortir. Ils s'en sortiront aujourd'hui, comme ils s'en étaient sortis hier.
Ceci dit, je ne saisis pas bien la nature du lien que vous faites entre la situation interne et la rencontre, tout a fait fortuite, que j'ai eue a rabat avec M. Barak, lors des funérailles de sa majesté Hassan II, que dieu ait son âme.
A moins que vous suggériez que les événements qui ont secoue mon pays ont pu avoir aussi des origines exogènes. Si c'est le cas, je vous concède que vous n'avez pas tout a fait tort même si je m'interdis, pour le moment, d'incriminer tel ou tel pays.
Maintenant, si vous versez dans l'amalgame en suggérant l'idée que la normalisation avec Israël est subordonnée a l'assentiment de tel ou tel courant d'opinion en Algérie, alors je vous dirais que vous faites fausse route. Car la position de mon pays a l'égard d'Israël découle d'un principe qui fait qu'hier comme aujourd'hui et demain, le peuple algérien se dressera toujours pour défendre les causes justes. Nous n'avons jamais partage la doctrine du "rejet des Israéliens a la mer", ni celle bien évidemment du "grand Israël" qui engloberait une partie de ses voisins.
Nous sommes pour une coexistence fraternelle des peuples de la région dans le cadre des frontières internationalement reconnues, de l'intégrité territoriale des états, c'est-à-dire de la restitution par Israël des territoires indûment occupes en 1967 et de la reconnaissance du droit des Palestiniens a fonder leur état avec sa capitale El Qods. C'est ce que j'ai dit d'ailleurs a messieurs Barak, Levy et Peres a Rabat. Je leur ai dit aussi que l'Algérie aurait été aux cotes des Israéliens s'ils étaient dans la même situation que les palestiniens.
Les positions défendues par l'Algérie
Dois-je vous rappeler, a cet égard, que l'histoire contemporaine des relations internationales a constamment donné raison aux position défendues par l'Algérie sur la base des principes de justice et de paix:
1- Au Vietnam lorsque messieurs Kissinger et Le Duc To ont tous deux obtenu le prix Nobel de la paix.
2- Au Moyen-Orient après que j'aie permis en 1974 a monsieur Arafat, en ma qualité de président de l'assemblée générale des Nations Unies, de faire, au nom de l'OLP, son entrée dans le concert des nations, le même monsieur Arafat qui a fini par obtenir le prix Nobel de la paix.
3- En Afrique du sud après que mon "ruling" ait abouti a l'exclusion du régime raciste, l'Afrique du sud ou, 20 ans après, Nelson Mandela devint chef d'état et prix Nobel de la paix.
Non que nous soyons des visionnaires mais les épreuves ont mûri notre peuple tout au long de son histoire au point ou, ayant a se dresser constamment contre l'injustice, souvent avec succès. Il sait que le plus court chemin vers l'humanité et l'humanisme passe par le courage et la foi dans la paix, la tolérance, la liberté, bref la fraternité entre les hommes. Tout le reste n'est que vanité. En homme de foi, je crois aussi en la justice immanente.
Question: Comment a été reçue votre discussion avec Barak en Algérie?
Réponse: Le plus normalement du monde. D'abord, les Algériens ne voient plus les relations extérieures de leur pays avec les œillères de l'idéologie. Ensuite, autant ils sont solidement attaches aux principes pérennes de justice, de paix, de droit qui doivent guider les rapports entre les nations, et notamment entre la nation israélienne et la nation palestinienne, autant ils n'ont absolument pas de vocation a l'immobilisme. Ce en quoi ils sont bel et bien en phase avec les mouvements du monde.
Ceci dit, nous n'avons aucun complexe a l'égard de qui ce que soit au sujet de la question du Moyen-Orient. Comme je vous le rappelais, nous avons été de tous les combats pour les causes de la liberté, de l'autodétermination et de l'indépendance des peuples. En sémites qui se sentent bien dans leur peau et en musulmans profondément imbus des valeurs des grandes religions monothéistes, nous ne sommes jamais tombes dans le piège de l'anti-semitisme.
Peut-on seulement me dire aujourd'hui si la répudiation universelle des idéologies s'applique aussi a l'idéologie sioniste au nom de laquelle d'aucuns persistent a entraver le processus de paix et a denier aux Arabes et aux Palestiniens ce qu'ils revendiquent pour leur propre nation?
Peut-on me citer un simple exemple dans l'histoire ou l'hégémonisme et l'exclusion peuvent cohabiter avec la paix et la concorde entre les nations?
Le vérité est qu'entre 1948 et 1999, les arabes sont allés de concession en concession et Israël de mépris en intransigeance a l'encontre de ses voisins. La vérité est qu'aujourd'hui Israël est une puissance nucléaire absolument a l'abri de toute menace susceptible d'être représentée par les pays environnants aussi nombreusement peuplés soient-ils. Et sans compter les solides alliances dont les Israéliens bénéficient.
La vérité enfin est que la guerre entre les Arabes et Israéliens a occupe la moitié du siècle qui tire a sa fin. Alors, me semble-t-il, le moment est enfin venu d'offrir ses chances a la paix afin de permettre aux nouvelles générations des deux nations de vivre leur siècle dans la fraternité et de panser les blessures béantes que les contextes du XX eme siècle ont ouvertes.
Le rôle de l'Algérie dans la réalisation de la paix au Moyen-Orient
Question: Quelles sont vos attentes a l'égard d'une solution globale du conflit arabo-israelien?
Réponse: Je vous l'ai dit :
Evacuation du Golan.
Evacuation du sud Liban.
Reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien.
Car ce n'est qu'a partir de la qu'une page nouvelle peut effectivement s'inscrire au Proche-Orient avec des lettres de paix, de stabilité, de sécurité mutuelle, de coopération féconde et de prospérité équitablement partagée.
En d'autres termes, la réconciliation israelo-arabe peut ouvrir de vastes perspectives aux peuples du bassin méditerranéen et peut même devenir un puissant catalyseur au mouvement de paix dans le monde en servant d'exemple a tous les peuples confrontes a des conflits, comme l'est par exemple l'Afrique du sud.
Question: Quel est le rôle de l'Algérie dans la réalisation de la paix au Moyen-Orient ?
Réponse: L'Algérie est disposée a apporter sa contribution a la réalisation de la paix pour autant que ce que je viens de vous dire soit effectivement posé comme voie incontournable pour les peuples de la région. Soucieux de concorde et de réconciliation a l'intérieur, je ne peux que souhaiter aux autres pays et notamment a ceux du Moyen-Orient de se retrouver sans exclusion, entrant ensemble, la main dans la main, dans le XXI eme siècle.
C'est le plus beau cadeau du nouveau siècle que notre génération peut faire a celles qui, dans 20 ou 30 ans, prendront en main les destinées de notre région.
Ceci étant dit, l'Algérie a bien d'autres choses a faire que de postuler a un rôle de facteur et de postier entre les différents protagonistes actuellement en négociation directe et indirecte entre eux.
Sur le plan des idées, sur le plan des cas de figure, des hypothèses de travail, des solutions possibles, tout a été dit et il ne s'agit en aucune manière de nous laisser entraîner dans une position équivoque visant a isoler davantage le peuple palestiniens et en faciliter la phagocytose ou la bantoustanisation. La situation là-bas est très compliquée. Et nos idées trop simples. Elles ont tout simplement l'avantage de s'offrir une transparence cristalline. Chaque peuple de la région, chaque état de la région se doivent d'avoir équitablement leurs droits, tous leurs droits mais rien que leurs droits et accepter ensemble de creer loyalement une situation normale ou, de concert, ils pourraient insuffler une vie nouvelle au Moyen-Orient tout entier.
Question: Quel sera votre comportement a l'égard des groupes islamistes qui rejettent tout accord avec le gouvernement algérien?
Réponse: Mon comportement sera celui que dictera le peuple algérien qui, comme vous le savez, se prononcera sur la concorde civile le 16 septembre 1999. S'il s'exprime par une majorité parlante ,et de toutes les manières, en démocratie, c'est la majorité qui gouverne, alors les groupes en question, a supposer qu'il en reste, seraient naturellement des hors-la-loi auxquels les lois de la république doivent être appliquées dans toute leur rigueur. Car la loi sur la concorde civile, par la mansuétude de l'état qu'elle traduit par les innovations qu'elle apporte aux procédures pénales dans le sens d'un équilibre entre les intérêts suprêmes de la société et les intérêts légitimes de l'individu, constitue un cadre approprie pour arrêter l'effusion de sang et permettre a tous les égarés une réinsertion sociale avec toutes les garanties de droit.
En tout cas, l'état, soucieux de sa crédibilité, tiendra ses engagements avec toute la loyauté et tout le sérieux qui conviennent a un état de droit. Mais l'état se défendra par tous les moyens de la loi contre les hors-la-loi. Ce qui est universellement admis.
Les préoccupations sécuritaires en Algérie
Question: Quelle est votre stratégie pour faire face aux préoccupations sécuritaires en Algérie?
Réponse: La concorde civile, la concorde nationale, la paix. Ou comme disaient les Romains autrefois, du temps de la splendeur de Rome dans une mosaïque que nous avons a Tipaza: "la paix, la concorde, la convivialité". Mais aussi, comme je viens de vous le dire, une application rigoureuse et équitable de la loi.
Notre stratégie pour assurer la sécurité politique ne diffère pas de celle qui est en vigueur dans n'importe quel pays du monde.
Car partout il y a des brigands, des bandits et des assassins. C'est a la justice de les traquer. Et dans mon programme, j'ai fait de sa rénovation, de sa modernisation et de son efficacité, l'une des principales priorités.
Les droits de l'homme
Question: Qu'est-il fait pour l'amélioration de la situation des droits de l'homme en Algérie? En particulier qu'est-ce qui peut être fait pour remédier au problème des disparus en Algérie et apporter des réponses aux familles de milliers de disparus?
Réponse: L'amélioration des droits de l'homme a été une préoccupation permanente pour les peuples du sud, et notamment africains, depuis le génocide de l'esclavage puis l'oppression coloniale.
Elle l'est dans mon pays depuis plus de 130 ans, au cours desquels il a subi toutes les injustices a cause du régime colonial.
Elle l'est depuis l'indépendance a travers tous les efforts consentis pour procurer le pain, la santé, l'éducation, l'électricité, les routes aux millions de personnes qui en avaient été privées pendant des décennies.
Quand vous nous parlez aujourd'hui des droits de l'homme, je me demande parfois si nous vivons sur la même planète parce qu'il est avéré que, même dans ce domaine, la politique des deux poids et deux mesures apparaît comme étant la règle. Et je me demande si, constatant le silence fait autour de ces questions en Palestine par exemple ou encore dans des pays ou les intérêts du nord sont fortement implantes, il ne s'agit pas d'un support doctrinal, intelligemment conçu, d'une politique d'ingérence dans les affaires intérieures de certains pays du sud.
Et je serai tente de demander votre aide pour trouver des réponses a des questions troublantes sur lesquelles les donneurs de leçons se gardent pourtant bien d'insister et d'apporter des réponses.
De quel droit finance-t-on des recrutements de miliciens pour les envoyer comme chair a canon en Afghanistan pour revenir ensuite dans leurs pays d'origine, endoctrinés, fanatisés, aguerris et prêts a toutes les aventures?
Au nom de quel droit humain fait-on le procès d'un état qui se défend contre le fanatisme et l'obscurantisme des égorgeurs d'enfants?
Pourquoi les massacres commis par les terroristes sont-ils traites comme de simples faits divers, sensationnels, alors qu'ils devraient l'être par référence a la doctrine des droits de l'homme?
Cessez donc de nous donner des leçons et tachez de comprendre une bonne fois pour toutes, que les droits de l'homme qui constituent une revendication séculaire de nos peuples ont été en vérité bafoues, hier a travers ce que la colonisation nous a fait subir, et le sont aujourd'hui a travers l'instauration d'un monde inégal dans lequel 1/5eme de l'humanité dispose de 90 % des richesses du monde.
Au sud en tout cas, personne n'est plus dupe. Et, en Algérie, bien que nous ayons des problèmes dus aux imperfections inhérentes a une démocratie balbutiante, nous nous attelons avec conviction a asseoir l'état de droit et a approfondir notre projet démocratique auxquels, par ailleurs, nous prédisposent aussi bien nos traditions que les hautes valeurs de notre civilisation.
S'agissant des disparus, la justice algérienne ne ménagera aucun effort, dans le cadre de la loi. Pour se saisir des cas étayés par des faits dûment constates.
Dois-je rappeler a cet égard que l'Algérie a subi une tourmente qui a complètement désorganisé tout son système de management institutionnel. L'état a été agresse, la société a été violentée, les valeurs ont été bafouées, du fait d'une guerre qui n'a pas dit son nom. Tout est a reconstruire. Et ce n'est qu'a la faveur de cette reconstruction que les blessures, dont celle des disparus n'est pas la moindre, peuvent être définitivement guéries.
Le peuple algérien a assez souffert. Très peu de mains généreuses s'étaient tendues vers lui au moment ou il en avait plus besoin. Il a su - et a quel prix- surmonter son épreuve. Le plus dur est passe. Alors de grâce, cessez de remuer le couteau dans le plaie et laissez le poursuivre sa marche vers la résurrection nationale. Il en est capable même s'il a certainement besoin d'aide. Il a besoin d'aide et non de leçons, parce que, s'agissant notamment des droits de l'homme, il pourrait parfaitement en donner.
Mais l'heure, pour nous, n'est pas a la polémique. Elle est a la paix, a la réconciliation, a la reconstruction dans le cadre de la démocratie et de l'économie de marche.
Dois-je vous dire que nous sommes dans une situation ou tout en partageant complètement votre appréhension de la notion de droits de l'homme, ces droits dans mon pays, c'est aussi le droit au travail, et le 1/3 de la main-d'œuvre active est en chômage. C'est le droit au logement et il ne faudrait pas moins d'un million de logements pour atténuer la crise. C'est le droit a l'éducation, a la scolarité et nous avons 600.000 naissances par an et 300.000 enfants a scolariser annuellement.
Les droits de l'homme, c'est aussi le droit a la santé et il se trouve, hélas, que la santé publique n'est plus en mesure d'assurer la gratuite des soins pour tous. Les droits de l'homme, c'est également l'éradication de la misère sous toutes ses formes et je ne veux pas étayer sur les conséquences de la délinquance des jeunes sans avenir et sans espoir.
Les droits de l'homme, c'est aussi le droit a la santé et il se trouve, hélas, que la santé publique n'est plus en mesure d'assurer la gratuite des soins pour tous.
Les droits de l'homme, c'est également l'éradication de la misère sous toutes ses formes et je ne veux pas étayer sur les conséquences de la délinquance des jeunes sans avenir et sans espoir. Les droits de l'homme, c'est aussi la protection de la société contre les marchands de la mort et de la drogue et il en existe. Donc de grâce, prenez acte du fait que nous sommes d'accord sur l'essentiel. Mieux, il n'y a aucun désaccord entre vos préoccupations et les miennes.
Tous est une question de priorité. Le tout est une question de méthodologie. Mais qui refuserait avec la beauté et le soleil d'Algérie de vivre dans une société similaire a la société suédoise?
Le développement de la société civile en Algérie
Question: Quel est le meilleur moyen pour la communauté internationale, et les Etats-Unis en particulier, d'encourager le développement de la société civile en Algérie?
Réponse: Et d'abord pourquoi la société civile et pas le peuple algérien tout entier?
Dans la position qui est la mienne, il m'est difficile d'accepter que des Algériens soient plus Algériens que d'autres. Mais enfin, puisque vous ne vous préoccupez que de la société civile, je pense que les Etats-Unis feraient du très bon travail en apportant une aide loyale. Désintéressée et respectueuse du souci de l'Algérie de ne tolérer aucune ingérence dans ses affaires intérieures.
La société algérienne est confrontée a d'énormes besoins sociaux générés par les dégâts occasionnes par le terrorisme a l'économie.
Tout est a faire. Notamment dans les secteurs socio-éducatifs. Les victimes de la tragédie nationale ont aussi besoin de la solidarité agissante de la communauté nationale et internationale. Sous les réserves que je viens d'indiquer, toutes les aides sont les bienvenues.
En outre, comme je viens de le dire, la société civile doit être préservée des polémiques stériles. Elle doit être mise en situation d'apporter sa contribution effective a l'œuvre de redressement national, car elle a suffisamment perdu de temps. Maintenant, il faut aller a l'essentiel en évitant de se fourvoyer dans les méandres des diversions que ne cessent de tracer tous ceux, ici et ailleurs, qui font commerce de la tragédie du peuple algérien. Pour peu que vous ayez la volonté d'alléger les souffrances dans tel ou tel autre domaine, il me peine de vous dire que le chantier est trop large, suffisamment large pour que je puisse demander avec l'humilité du peuple algérien, et l'aide du grand peuple américain, et donc des Etats-Unis d'Amérique. Et l'aide de tous les peuples qui, dans le monde restent attaches comme le peuple algérien lui même a la notion de solidarité entre les hommes, tous les hommes, entre les peuples, tous les peuples.
L'investissement étranger
Question: A quel point l'Algérie a-t-elle réussi a attirer l'investissement étranger?
Réponse: L'engouement est réel. De grands investisseurs sont déjà sur place. D'autres sont attendus. La confiance renaît. La législation est incitative. Le partenariat a de vastes perspectives devant lui. Il reste encore de nombreux obstacles, d'ordre notamment bureaucratique, a lever. Nous nous y attelons. Bref, l'Algérie renoue avec le sérieux que ses partenaires lui connaissent, et je dirais même que le temps travaille pour les investisseurs.
Dois-je vous rappeler a cet égard que mon pays a d'énormes potentialités dans tous les domaines:
- Un territoire immense et géographiquement bien situe,
- Plus de 40 millions d'hectares de terres a vocation agricole,
- Des surfaces immenses de sols qui sont éligibles au boisement et au reboisement et donc susceptibles de générer des effets positifs sur l'emploi et l'économie,
- Un potentiel halieutique important grâce a 1200 km de littoral et a un plateau continental dont la surface est de l'ordre de 1.400.000 hectares,
- D'importantes ressources minières avec, notamment, le fer, les phosphates, le zinc, le cuivre, le plomb, le kaolin, des traces d'or et d'uranium, etc...,
- Le pétrole et le gaz qui constituent la principe source d'énergie a bon marche,
- Un réseau d'électrification qui couvre tout le territoire,
- Une base économique non négligeable constituée par un potentiel industriel et un potentiel de main-d'œuvre relativement qualifiée,
- Une infrastructure portuaire et aéroportuaire dense.
- Une base scientifique et technique constituée par des universités, des instituts, des centres de recherche,
- Un réseau bancaire reparti sur l'ensemble du territoire,
- Un potentiel d'encadrement assez important, reparti a travers le pays et a l'étranger,
- Une main-d'œuvre abondante, bon marche, jeune et disponible: la population active dépassera les 8,5 millions de personnes en l'an 2000, un marche solvable de 38 millions de consommateurs en 2010, de 41 millions en 2015 et de plus de 44 millions en 2020.
Question: Quelles industries ont le plus de chance d'intéresser l'investissement étranger?
Réponse: Tous les secteurs sont éligibles a l'investissement aussi bien dans le primaire, le secondaire que le tertiaire. Les ressources en matières premières, en main-d'œuvre et en énergie existent. Il y a un vaste marche solvable. L'Algérie occupe une position géographique de choix. Je dirais donc que l'investissement étranger a l'embarras du choix.
Je pense même que des formules de partenariat permettraient aux investisseurs étrangers de se servir de l'Algérie comme base de départ économique pour aller a la conquête du vaste marche africain et arabe.
Les relations entre les Etats-Unis et l'Algérie
Question: Quels espoirs placez-vous dans les relations entre les Etats-Unis et l'Algérie?
Réponse: Dans l'histoire des relations algéro-américaines, il n'y a pas eu que des divergences autour de certaines questions de politique internationale. Divergences qui, du reste, se sont résorbées a l'avantage des positions défendues alors par l'Algérie. Il y a aussi toute la tradition des liens d'amitié qui remontent au lendemain de l'indépendance des Etats-Unis. Il y a eu la position inoubliable du président J.F. Kennedy, que dieu ait son âme, aux cotes du peuple algérien durant notre guerre de libération. Il y a enfin les relations économiques qui n'ont jamais été interrompues.
Aujourd'hui, en tout cas, il n'y a plus d'obstacles car nous sommes engages dans le vaste mouvement des changements démocratiques et économiques.
Aussi, pour autant que les investisseurs américains le souhaitent et que le gouvernement des Etats-Unis en exprime nettement sa volonté politique, rien ne s'oppose a ce que les relations entre les deux pays trouvent un terrain fécond dans l'investissement productif, et la coopération bilatérale dans tous les domaines.
Pays connu pour sa loyauté l'Algérie sera sensible a toutes les attitudes amicales, respectueuses de sa souveraineté et soucieuse de ses droits légitimes et des règles d'une coopération mutuellement avantageuse.
Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis ont, dans mon pays, des chances égales, voire supérieures a celles d'autres partenaires. Et je ne serai pas mécontent a ce que ce soit votre pays qui sache le mieux les saisir.

 



letter from the ambassadorabout the embassyconsular sectioneconomy & commercemilitaryinstitutionsnews & reportslinksSend  your new address to the algerian Embassy by only a click

Embassy of The Democratic and Popular Republic of Algeria
2118 Kalorama Road, N.W.
Washington, D.C. 20008
(202) 265-2800
fax: (202) 667-2174
E-mail: embalgus@cais.com